Coronavirus : le confinement total, une mesure irréaliste dans de nombreux pays africains.

Une jeune femme marche dans les immondices dans un village informel de la lagune de Lagos

Dans un continent privé d’aides sociales, à l’économie largement informelle, rester chez soi c’est souvent mourir de faim.

“Je sais que le coronavirus peut tuer. Mais si je reste à la maison pendant quinze jours sans travailler, je meurs aussi”, explique un vendeur malgache à l’AFP. Une phrase qui illustre le dilemme africain. La réaction de cet homme est largement partagée sur tout le continent. Or, de plus en plus d’Etats imposent le confinement. Partiel comme au Nigeria, total comme en Afrique du Sud.

Au Nigeria, les aéroports de Lagos et d’Abuja la capitale sont fermés. Déjà, certains fonctionnaires sont priés de rester chez eux. Et Aisha Buhari, la première dame, a réclamé l’arrêt total de l’activité du pays. En Afrique du Sud, les autorités viennent de faire appel à l’armée pour faire respecter le confinement.

“Dans cette lutte contre la propagation du Covid-19, notre principal ennemi sera l’indiscipline et le non-respect des consignes de prévention”, a souligné le président de la Côte d’Ivoire Alassane Ouattara, appelant à “l’union sacrée”.

Le poids de l’économie informelle

Mais tout n’est pas qu’affaire de discipline. Dans un continent où l’économie informelle est souvent capitale, rester chez soi c’est mourir de faim. Ainsi, en Afrique du Sud, “avec environ 20% de l’emploi total dans le secteur informel, rester à la maison avec un congé de maladie payé n’est pas une option, ce qui rend les appels à distance sociale irréalistes”, explique Ayesha Jacub, médecin sud-africaine dans le Mail & Guardian.

“Cette mesure va poser un gros problème de survie pour presque tous les Africains, car ils sont obligés de travailler hors de chez eux, sans quoi, ils n’ont pas de quoi subvenir à leurs besoins. La plupart d’entre eux n’ont pas de réserves bancaires et ne feront pas de télétravail”, explique Augustin Augier, directeur général de l’ONG Alima au journal La Croix.

Une mesure pour pays riches inadaptée ici

La romancière Calixte Beyala condamne ce qu’elle appelleun mimétisme avec les pays occidentaux. “Car la plupart des Africains vivent au jour le jour. Ils n’ont pas les moyens de s’approvisionner en nourriture pour une petite semaine ! Ils n’ont pas de frigo et, pour la plupart, pas d’électricité pour pouvoir se payer ce luxe qui certainement diminuerait le nombre de nos morts”, explique-t-elle sur sa page Facebook.

Et la vie suit son cours dans les bidonvilles surpeuplés de Johannesburg, constate le journal Sunday Times. Promiscuité, chômage, pas d’accès à l’eau, ni de sanitaires. “Si nous restons chez nous, nous mourons de privation bien avant que le virus n’arrive“, prédit le responsable d’une ONG locale.

Source : France info

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