Europe : Le sabotage de deux gazoducs Nord Stream 1 et 2 signe leur fin !

Le mystère autour des fuites qui affectent les gazoducs Nord Stream 1 et 2 perdure. Ces installations, censées permettre l’envoi de gaz russe en Europe, auraient été victimes d’un acte de sabotage dans la nuit de dimanche à lundi. Depuis, trois fuites sont visibles en mer Baltique et les dernières informations communiquées laissent à penser à un geste volontaire, les trois fuites étant distantes de seulement quelques kilomètres sur des structures longues de plus de 1000 kilomètres.

Un «sabotage » qui pourrait signer la fin pure et simple des deux gazoducs. En effet, les spécialistes sont «très pessimistes concernant l’état des gazoducs», explique à TF1info Ludovic Leroy, ingénieur dans le groupe IFP Énergies nouvelles (IFPEN). «Vu l’ampleur des fuites de gaz et la taille des bulles qui remontent à la surface, on soupçonne fortement que les pipelines aient été éventrés et il semble qu’ils soient désormais perdus », détaille-t-il.

Réparer les installations demanderait la mise en œuvre de moyens particulièrement importants, Nord Stream étant composé d’une série de gigantesques tubes d’une longueur de 12 mètres chacun. Plusieurs membranes les composent, à commencer par de l’acier capable de résister aux fortes pressions du gaz acheminé à l’intérieur, mais aussi celles des profondeurs marines. En tout, il semble que trois tuyaux aient été touchés. En effet, chaque pipeline est composé de deux tuyaux. Les deux  tuyaux de Nord Stream 1 ont laissé apparaître des fuites, quand un seul des deux présents sur Nord Stream 2 laisse échapper du gaz. «Ce qui ne signifie pas que le tuyau n’a pas été endommagé: il peut être enfoncé, ce qui peut s’avérer tout aussi problématique », explique Ludovic Leroy.

Pour réparer ces tuyaux, il faudrait «couper une section des pipelines, puis la changer en ressoudant le tout. Avec des mots, cela semble très simple, mais dans la réalité, c’est très compliqué parce que ces opérations se déroulent entre 40 et 80 mètres de profondeur », dans la Baltique, explique l’ingénieur. «Cela demanderait des infrastructures colossales et équivalentes à celles qui ont été utilisées lors de la construction des gazoducs». 

Autre point critique pour les deux gazoducs, si les tuyaux sont éventrés, ce qui semble être le cas selon les observations menées par les experts, ils sont en train de se vider et de se remplir d’eau, ce qui pourrait définitivement endommager les pipelines. «Les gazoducs étaient à l’arrêt, mais ils restaient sous pression. Cette dernière est tombée soudainement et les pipelines se sont vidés dans la mer. En ce moment, le gaz qui sort des tuyaux est remplacé par de l’eau de mer qui entre à l’intérieur des tubes. Le problème, c’est que cette eau de mer est corrosive et que les tubes, en tout cas sur le revêtement interne, ne sont pas prévus pour résister à de l’eau corrosive », détaille Ludovic Leroy.

«Quand on regarde le profil des installations, qui ont été frappées sur un point haut, elles sont en train de se remplir d’eau de mer », détaille encore le spécialiste qui précise que plus le temps de contact entre les tubes et l’eau de mer est important, plus dégâts seront irrémédiables. Une situation qui vient confirmer un peu plus la possibilité que Nord Stream 1 soit désormais un gazoduc perdu et impossible à réparer.  «En voyant les fuites à la surface, beaucoup de monde en est venu à la conclusion que c’est terminé et que Nord Stream 1 est définitivement endommagé. Je pense qu’aujourd’hui, il n’y a plus grand-chose à faire et pour moi, la probabilité qu’il soit définitivement endommagé est très, très, très élevée », avance l’ingénieur

Par ailleurs, au-delà des questions techniques, le contexte géopolitique, sur fond de guerre en Ukraine et de tensions croissantes autour de la question du gaz entre Européens et Russes, ne favorise pas des opérations de réparation très coûteuses sur l’installation. «Économiquement, qui va aller investir les centaines de milliards nécessaires pour réparer ces pipelines qui ont toujours été décriés ? Au-delà de l’aspect technique déjà compliqué, c’est l’aspect géopolitique qui fait que, à mon avis, aujourd’hui, les pipelines ne seront pas réparés ». Des analyses qui devront être confirmées lorsqu’un examen précis des deux gazoducs pourra être mené.

Mais ces expertises ne devraient pas être conduites dans l’immédiat : le ministre danois de la Défense a estimé, mercredi, que l’inspection des deux gazoducs ne pourra se faire avant une à deux semaines, en raison des vastes bouillonnements provoqués par les trois fuites de gaz. «Cela peut facilement prendre une semaine ou deux avant que la zone soit suffisamment calme pour simplement voir ce qui s’est passé », a affirmé Morten Bødskov aux médias danois en marge d’une rencontre avec le secrétaire général de l’Otan à Bruxelles.

Ces gazoducs, situés entre la Russie et l’Allemagne, sont installés entre 70 et 100 mètres de profondeur. Un site qui nécessite des moyens pour l’atteindre. «L’hypothèse la plus plausible est un engin sous-marin, type drone, piloté soit depuis la surface, soit depuis un autre sous-marin », explique le général Christophe Gomart, ex-responsable du renseignement militaire. Seul un État aurait donc les capacités de monter une telle opération. Pour certains experts, il pourrait s’agir d’une stratégie du maître du Kremlin pour entretenir le chaos sur le marché énergétique, et montrer sa capacité à intervenir. La Russie a démenti toute implication.

Article original publié par «TF1info»