France : Mort de Jacob Desvarieux, leader du groupe Kassav’ et père du zouk

Jacob Desvarieux, mort vendredi à 65 ans des suites du Covid-19, était l’un des fondateurs du groupe Kassav’, monument aux Antilles qui a connu un énorme succès dans les années 80 en mélangeant des musiques locales pour créer un style, le zouk. De santé fragile depuis une greffe rénale, le chanteur et guitariste guadeloupéen avait été hospitalisé le 12 juillet à Pointe-à-Pitre après avoir été contaminé par le coronavirus.

Les hommages se succèdent depuis l’annonce de sa mort. « Monstre sacré du zouk. Guitariste hors pair. Voix emblématique des Antilles. Jacob Desvarieux était tout cela à la fois« , a tweeté Emmanuel Macron. « Compositeur de talent, leader du groupe Kassav, il était l’un des pères de la musique afro-antillaise, qu’il a permis de faire rayonner dans le monde entier« , écrit la ministre de la Culture Roselyne Bachelot.

« Une immense voix des Antilles« , s’exclame le judoka guadeloupéen Teddy Riner sur son compte Twitter. L’ancienne ministre Christiane Taubira, originaire de Guyane, dit sa tristesse, se remémorant « sa voix, sa dégaine, son talent, sa joie, ce sourire, cette inclinaison de la tête et même sa salopette des débuts« . « Les Antilles, l’Afrique et la musique viennent de perdre l’un de ses plus grands Ambassadeurs. Jacob, grâce à ton art, tu as rapproché les Antilles à l’Afrique. Dakar où tu as vécu te pleure. Adieu l’ami« , a abondé le chanteur sénégalais Youssou Ndour.

Le groupe Kassav’ ? « Au départ, c’était un laboratoire: nous cherchions à trouver une bande-son qui fasse la synthèse de toutes les traditions et sons antérieurs, mais qui soit exportable partout« , racontait le musicien au journal Libération en 2016. Un cocktail qui donnera naissance à des tubes festifs et dansants chantés en créole, comme « Zouk la sé sèl médikaman nou ni » (1984, sur un album que Desvarieux cosigne avec un autre fondateur de Kassav’ mais qui ne sort pas sous le nom du groupe) ou « Syé bwa » (1987).

« A travers notre musique, nous interrogions nos origines. Qu’est-ce qu’on faisait là, nous qui étions noirs et parlions français ?« , expliquait à Libé Desvarieux, la voix douce et voilée et les cheveux blanchis par les années. « Comme les Afro-Américains des Etats-Unis, nous cherchions des réponses pour reprendre le fil d’une histoire qui nous avait été confisquée« , ajoutait-il.

Kassav’ explose en même temps que la « world music« , les musiques du monde: au milieu des années 80, le public a soif de musiques lointaines et métissées. « Notre musique se devait d’être +antillaise+, c’est-à-dire reconnue par les Antillais, contrairement à ce qu’il se passait alors avec la world music: il s’agissait d’une musique anglo-saxonne avec un chanteur du tiers-monde, chantant parfois dans sa langue », nuançait toutefois Jacob Desvarieux.

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