La Russie accuse «Natalia Vovk ukrainienne membre du bataillon Azov» d’avoir tué Daria Douguina.

Des enquêteurs russes sur les lieux de l’explosion qui a tué Daria Douguina, dimanche 21 août 2022

Mise en cause dès samedi par des médias russes estimant que la cible de l’attaque était, en fait, Alexandre Douguine, l’Ukraine avait démenti, dimanche, toute implication. Moins de quarante-huit heures après la mort de Daria Douguina, le Service fédéral de sécurité russe (FSB) affirme avoir bouclé l’enquête en un temps record, rapportent les agences de presse russes TASS et Interfax, lundi 22 août.

Les services de sécurité accusent les « services spéciaux » ukrainiens d’avoir tué la fille de l’idéologue Alexandre Douguine, théoricien souvent présenté comme l’aiguillon de « l’opération militaire spéciale », lancée en Ukraine le 24 février. Daria Douguina a été tuée, samedi soir, dans l’explosion du véhicule qu’elle conduisait sur une route près du village de Bolshie Vyzyomy, à environ quarante kilomètres de Moscou. Selon la même source, la voiture conduite par Daria Douguina a été piégée par une femme de nationalité ukrainienne née en 1979, identifiée comme Natalia Vovk, arrivée en Russie en juillet avec sa fille mineure, née en 2010.

Profil idéal

Toujours selon le FSB, cette personne roulant à bord d’une Mini Cooper avec des plaques du Kazakhstan, de l’Ukraine et de la République populaire de Donetsk avait notamment loué un appartement dans l’immeuble où vivait Douguina, se renseignant sur son mode de vie, et elle s’était rendue, samedi, à Tradition, un festival culturel où la journaliste et politologue était elle aussi présente. D’après le FSB, cette femme ukrainienne s’est, ensuite, enfuie en Estonie avec sa fille. Pour tenter de donner quelque consistance à ces accusations, des sites d’information liés au Kremlin ont publié ce qui est présenté comme la carte d’identité de cette femme qui serait, en outre, membre du bataillon Azov. Le profil idéal pour nourrir les accusations contre Kiev et ses alliés.

Mort de Daria Douguina : Vladimir Poutine dénonce un « crime ignoble »

Dans un message de condoléances publié par le Kremlin lundi après-midi, Vladimir Poutine a déclaré : «Un crime ignoble, cruel, a mis fin prématurément à la vie de Daria Douguina, une personne brillante et talentueuse dotée d’un cœur véritablement russe. Comme journaliste, scientifique, philosophe et correspondante de guerre, elle a servi le peuple et la patrie avec sincérité, illustrant par ses actes ce qu’être une patriote russe veut dire», a-t-il ajouté.

La mort de Daria Douguina a suscité un choc en Russie, réveillant le douloureux souvenir des multiples assassinats qui ont ensanglanté la période instable ayant suivi la chute de l’Union soviétique en 1991. Elle met aussi à mal les efforts des autorités et des médias tenus par le pouvoir qui s’efforcent de convaincre que l’offensive en Ukraine n’a aucune conséquence négative pour la population russe. De son côté, Margarita Simonian, la rédactrice en chef de RT, a écrit un tweet menaçant à l’adresse de l’Estonie : « Les assassins de Dasha sont déjà en Estonie. L’Estonie, bien sûr, ne les extradera pas. Je pense que nous avons des professionnels qui veulent admirer les flèches dans les environs de Tallinn.»

Mise en cause dès samedi par des médias russes estimant que la cible de l’attaque était, en fait, Alexandre Douguine, l’Ukraine avait démenti, dimanche, toute implication dans la mort de Douguina. «L’Ukraine n’a certainement rien à voir avec l’explosion [de samedi], parce que nous ne sommes pas un Etat criminel», a déclaré un conseiller de la présidence ukrainienne, Mikhaïlo Podoliak. Promoteur de l’eurasisme, une doctrine prônant une alliance entre l’Europe et l’Asie sous-direction russe, Alexandre Douguine, qui influence une partie de l’extrême droite française, est visé, depuis 2014, par les sanctions de l’Union européenne prises dans la foulée de l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie.

La présidence ukrainienne nie tout rôle dans la mort de Daria Douguine

Ces dernières années, l’Ukraine a interdit plusieurs de ses ouvrages, notamment Ukraine. Ma guerre. Journal géopolitique et Revanche eurasiatique de la Russie. M. Douguine, surnommé par certains médias le « cerveau de Poutine », est parfois présenté comme étant proche du président russe. Mais de nombreux observateurs relativisent son influence supposée au Kremlin. De son côté, Il y a Ponomarev, le seul député de la Douma (le Parlement russe) à avoir voté contre le rattachement de la Crimée à la Russie, en 2014, après la prise de contrôle du territoire ukrainien par l’armée, et qui vit désormais réfugié à Kiev, a écrit sur Twitter que des partisans russes seraient à l’origine de l’attentat à la voiture piégée. Il affirme que « l’Armée nationale républicaine » est derrière cette explosion.

Source :lemonde.fr/AFP