RDC-Rwanda : Comment Paul Kagame est devenu le négociateur en chef du M23.

Les présidents rwandais Paul Kagame (à gauche), angolais João Lourenço (au centre) et congolais Félix Tshisekedi lors de leur sommet tripartite à Luanda, le 6 juillet 2022

Au début de l’offensive du mouvement M23 contre la RDC au mois de mars dernier, Kigali était en train de rejeter toutes les allégations d’une collusion entre l’armée rwandaise et la rébellion. Mais aux yeux de Kinshasa l’association du Rwanda au M23 ne faisait pas l’objet d’aucun doute. Sans preuves matérielles substantielles le narratif de Kigali se vendait bon marché jusqu’à ce que la remontée en force des FARDC viennent à lever les voiles.

À la suite d’une offensive de l’armée congolaise deux militaires rwandais avaient été appréhendé sur le sol congolais aux côtés des combattants du M23 et des effets militaires de l’armée rwandaise montrés au grand public. Si Kigali a tenté la déviation en parlant de kidnapping de ses éléments qui étaient en pleine patrouille le long de la frontière, ce qui va suivre sera pourtant sans appels. La chute de Bunagana aux mains des M23 avec l’appui au sol de l’armée rwandaise et de l’armée ougandaise était une preuve irréfutable de l’association de Kigali avec le M23.

C’est à ce moment précis que Kigali mise en lumière dans son propre jeu décidera de changer de narratif dans ce conflit lequel au départ concerne un groupe d’hommes se revendiquant être des congolais qui demandent au gouvernement de faciliter leur retour en RDC après des années passées en exil. Pour tant soit peu justifier la présence de ses troupes sur le sol congolais dont les images sont capturées par des drones militaires et publiées par l’armée congolaises, Paul Kagame tente alors de modifier l’objet de la guerre en disant que le M23 se battrait plutôt pour la cause des populations d’origine rwandaise vivant en RDC qui s’estiment marginaliser.

Il va jusqu’à lever des alertes d’un lynchage en préparation contre les tutsi en RDC qui seraient victimes des discours de haine et des appels à la violence. Des images isolées de quelques groupes incontrôlés sont alors utilisées pour confirmer cette thèse. Pour Kigali le cocktail était enfin prêt pour justifier sa présence d’une certaine manière. Mais problème : les tutsi vivants en RDC disent ne pas se retrouver dans cette revendication de Paul Kagame qu’ils accusent de les mettre en danger de par ses actions hostiles contre l’Etat congolais. Des figures de proue de la communauté comme Enock Sebineza qui appelle même la communauté internationale à stopper Kigali.

Les groupes armées congolais combattent le M23 et menacent d’attaquer le Rwanda.

Du côté de la jeunesse tutsi vivant en RDC c’est le même son de cloche. Les Hutu du Congo ont eux aussi rejeté les affirmations de Paul Kagame l’accusant de crime de guerre en RDC. Pour qui Kagame combat-il alors au Congo? Visiblement, l’homme de Kigali lâché de toutes parts veut se comporter comme un parent qui défend un enfant contre sa propre volonté estimant que celui-ci ne comprend pas bien les choses. Après toute une série des révélations mettant en scène des forces rwandaises aux côtés du M23, la réalité était devenue indéniable pour Paul Kagame qui n’a pas de choix que de défendre les M23 par défaut de stratégie et après échec de leurs aspirations d’aller jusqu’à Goma.

Dans une interview avec la chaîne publique rwandaise RBA Paul Kagame tentera de mettre le flou en disant que lorsque le M23 avait commencé les hostilités les renseignements rwandais avaient alerté l’Etat congolais. Dans cette affirmation on voit clairement que l’homme se perd dans ses propres dires traitant tantôt le M23 d’illégitime et tantôt soutenant leur combat. Il le ferait peut être sans s’en rendre compte directement. La communauté internationale a vite compris que l’Etat congolais n’avait rien à voir avec le rebelle du M23 qui n’est que des prête-noms de l’armée rwandaise.

Toutes les lampes ont pointé vers Kigali l’appelant à dialoguer directement avec le Congo. Ces appels au dialogue mettent le Rwanda dans l’impasse et devant un fait accompli en constituant indirectement une accusation contre Paul Kagame. Ces demandes à dialoguer visent aussi à dire à la face du monde que le Rwanda c’est le vrai problème. Comme jamais au paravent, le Président Paul Kagame a l’air dépassé par les évènements. La situation n’évolue pas sur le terrain militaire et le M23 n’avance pas.

Le statu quo s’est installé et le conflit s’enlise ce qui n’est pas bon pour la sécurité du Rwanda. Plusieurs groupes armés se revendiquant de autochtones ont décidé de combattre les M23 pour les repousser jusqu’à Kigali. Paul Kagame appelle alors à résoudre le problème! Au cours de son interview avec RBA Paul Kagame a appelé à faire la paix avec le Congo. Cela démontre un certain essoufflement dans la stratégie.

En 2013, Kigali s’était retournée contre le M23 emprisonnant certains de ses chefs à Kigali. Officiellement pour mettre fin la guerre au Congo mais officieusement pour être allés au-delà des consignes et agi en automne une fois sur le sol congolais. Kagame voit cette fois la même chose venir et avec des révélations qui ont précédé son pays sera mis à mal.

Article original publié par «Phoenix»