Risques et périls d’être artiste talentueux au Rwanda : Le cas pathétique de Jean Damascène MBARUSHIMANA

Mbarushimana Jean Damascène, Chanteur et danseur du groupe Urukerereza en Belgique

Alors que le fait d’avoir un talent artistique est naturellement une cause suffisante de bonheur, d’estime et de fierté dans la plupart des sociétés; au Rwanda hélas, le talent artistique est désormais devenu UNE CAUSE suffisante des risques et périls. La plupart des artistes rwandais occultent leur muse pour éviter les admonestations et détresses qui pourraient leur arriver. Le cas de Jean Damascène Mbarushimana est pathétiquement éloquent pour être adopté par «Veritasinfo» comme un modèle exemplaire pour analyser cet ahurissant et déconcertant phénomène.

Mais alors, pourquoi est-ce que nous sommes arrivés à la conclusion selon laquelle «être artiste talentueux constituerait une source de risques et périls au Rwanda?» Un artiste est une personne qui a le sens de la beauté. Aussi est-il capable de créer une œuvre d’art selon son inspiration. La sensibilité d’un artiste lui accorde des capacités d’interpréter la réalité. L’artiste trouve alors un rôle didactique dans la société. Il élève l’homme ordinaire à découvrir l’extraordinaire. C’est ainsi que l’art devient une source d’enrichissement pour l’humanité.

En effet, l’art est souvent représentatif d’une culture et la rencontre avec certaines œuvres peut permettre de découvrir ou de mieux comprendre une civilisation. Toutefois la clique des dictateurs qui règnent aujourd’hui au Rwanda ne voit pas de cette manière les artistes. En effet, l’on peut se demander non sans raison, pourquoi est-ce que les autorités rwandaises auraient commis le crapuleux assassinat du chanteur-compositeur Mihigo Kizito? Pour quelle raison auraient-elles enlever le jeune poète Bahati Innocent ? Pourquoi ont-elles lynché le rappeur Tuyishime Joshua (Jay Polly)?

Des artistes rwandais n’ont pas de chance de survivre

Complétement attristé, déconcerté et ébahi suite à ces mystérieuses disparitions et surtout hanté et inquiété par une quantité innombrable des artistes rwandais honteusement assassine par le pouvoir en place, «Veritasinfo» à approcher Monsieur Jean damascène Mbarushimana qui a, heureusement accepté de nous accorder une interview que nous vous proposons dans les lignes suivante. Dorénavant en exil, Mbarushimana le porte flambeau des artistes qui se voient obligé de  quitter le Rwanda pour pouvoir s’exprimer sans censure de leurs œuvres artistiques.

Cet article fait donc partie des humbles efforts que «Veritasinfo» déploie afin de contribuer à la construction d’une humanité harmonieuse, d’une Afrique sans guerres fratricide et surtout d’un Rwanda pacifié et réconcilié à partir de la vérité et la justice. Notre écrit se présentera d’une façon profane et sans professionnalisme journalistique. L’interview que Mbarushimana nous a accordée sera présentée tel qu’il nous l’a livrée. Nous parlerons d’abord de son appartenance à un groupe des chanteurs et danseurs traditionnaires injustement persécuté.

Puis nous verrons que notre hôte a activement appartenu à un autre groupe des artistes qui, de nos jours, restent au Rwanda; mais dont leurs prestations sont méticuleusement contrôlées. Enfin, Mbarushimana nous expliquera pourquoi il a dû fuir son petit paradis, le Rwanda et nous dira également comment il se sent en exil, dans son pays d’accueil, la Belgique. Dans cet article «VI» désigne «Veritasinfo». Tandis que «JDM» exprime Jean Damascène Mbarusimana.

VI : Voulez-vous, s’il vous plait, vous présenter aux lecteurs de «Veritasinfo»? Que dites-vous de vous-même ? Qui êtes-vous Monsieur?

JDM : Je réponds au nom de Mbarushimana Jean Damascène. Je suis née le 03.03.1968 dans la préfecture de Gisenyi, commune Rubavu, Secteur Muhira. Aujourd’hui c’est la Province de l’Ouest. C’est dans le Diocèse catholique de Nyundo. Je suis marié avec les enfants. Ma famille se trouve encore en Afrique. Je m’inquiète beaucoup pour leur sécurité.

Pour ce faire, permettez-moi que je ne révèle pas dans qu’elle pays ils se trouvent pour le moment. Je suis chanteur, danseur traditionnel (INTORE). Je joue aisément au Tam tam (Umukaraza). Du point de vue artistique, je suis polyvalent. Je peux danser, chanter et jouer au Tam Tam. D’ailleurs, j’ose croire que les INGOMA (tambours) seraient ma préférence ou ma spécialité.

VI : Il semble que vous avez appartenu au groupe INDANGAMIRWA de Monsieur Simon Bikindi ? Est-ce que vous le connaissez vraiment ?

JDM: Oui! Je connais très bien Monsieur Simon Bikindi. C’est un des monuments de l’art. Au Rwanda, en Afrique et dans le monde entier il brille par sa musique et sa troupe Indangamirwa. C’est lui-meme qui a formé le groupe INDANGAMIRWA. Ce dernier fut le groupe junior d’URUKEREREZA. Monsieur Bikindi savait sélectionner des jeunes talents. C’est lui-même qui m’a recruté, quand j’étais  très jeune. Il m’a rencontré à Gisenyi, en 1985.

VI : Quel le rôle que vous occupiez dans ce groupe ?

JDM : comme je l’ai dit, en haut, je m’occupe de plus en plus du rôle de jouer le Tam Tam. Je sais et j’aime danser comme INTORE. Je pratique également d’autres danses traditionnelles. Je chante et j’interprète. En réalité je suis un artiste polyvalent.

VI : Après la prise du pouvoir par le FPR, vous avez rejoint un autre groupe de danse traditionnelle. Pourriez-vous nous décrire ce nouveau groupe ?

Mbarushimana Jean Damscène dans les manifestations à Bruxelles 2021

JDM : Oui ! Le groupe a gardé le nom URUKEREREZA. Le nom de son fondateur Monsieur Bikindi. Jusqu’à aujourd’hui notre groupe s’appelle toujours URUKEREREZA. Apres la prise du pouvoir par FPR au Rwanda, je suis resté dans notre URUKEREREZA. Toutefois, j’ai subie beaucoup de harcèlement moral et physique. Durant le procès de Monsieur Simon Bikindi à Arusha, j’ai grimpé le Calvaire ! Je suis partie donner mon témoignage à Arusha. J’étais témoins en faveur de l’innocence de Mr Bikindi. Il n’a joué aucun rôle dans le génocide de 1994. Depuis ce jour-là, j’ai été persécuté, emprisonné. J’ai eu même des menaces de mort.

Je ne pouvais plus rien faire comme artiste. J’étais de trop dans le groupe. Portée disparue et après libéré sous condition de me présenter une fois par semaine aux institutions d’Etat, je voyais que cours un pire danger. Je risquais ma vie et celle de ma famille. Un péril quelconque me guettait au tournant que j’ignorais. Moi qui suis Hutu du Nord, je n’avais pas d’autre choix que celui de sauver ma peau, le plutôt possible. Navré j’ai pris la fuite. J’ai quitté le Rwanda.

VI :Est-ce qu’il y a différence entre « être artiste » sous le régime des putschistes du Mouvement Républicain National pour le Développement (MRND) et des maquisards du Front Patriotique Rwandais (FPR)? Quelle est la dose de cette différence ?

JDM : A l’époque du M R N D, honnêtement je n’avais aucun problème. Mais aujourd’hui, les artistes qui osent exprimer librement leur intuition sont considérés comme des ennemis de la nation (Abanzi b’igihugu). Ceux qui ne sont pas emprisonnés sont tués. Ce qui arrive à sortir du Rwanda préfère vivre dans l’exil. Car dans le pays on est exilé de sa muse. On ne peut pas exprimer d’une façon libre et cohérente ce que l’on sent, ce que l’on voit, ce qu’on attend et ce que l’on vit. Etre artiste au Rwanda aujourd’hui c’est accepté d’être anesthésié. Pour ces raisons, je me suis senti obligé de prendre le chemin d’exile.

VI: Il paraît que malgré tes efforts en utilisant tes talents pour cajoler le FPR, celui-ci aurait osé de décimer les membres de ta famille. Toutefois, nous n’aimerions pas que «Veritasinfo» soit considéré comme cynique ou sadique ; mais dans une liberté totale pouvez-vous vous exprimer sur ce sujet ?

JDM : Oui ! Notre petit village  de Muhira, de 450 personnes a été décimé dans une seule nuit. En 1998, j’ai perdu beaucoup des membres de ma famille, dont mes deux propres frères. Désiré Uwamahoro et Ngendahimana Alphonse  (cfr le rapport écrit par Cllir de Mr Joseph Matata). En 1998 plus de 350 personnes ont été tués par les militaires du FPR.

VI : Après ces péripéties perpétrées contre ta famille ; à savoir disparition, possible assassinats, la chasse à l’homme envers ta personne, comment est-ce que vous vous sentez, ici en Belgique ? Votre sécurité serait-elle assurée ?

JDM : Je suis très triste. Jusqu’aujourd’hui, je n’ai pas reçu le statut de réfugiés. Je n’arrive pas à comprendre comment une personne rescapée du génocide de 1996, comme moi n’arrive pas à être accueillie comme refugiés (cfr le discours du Dr Mukwege prix Nobel de la paix). En effet, quand FPR et les milices de Kabila tuaient au Congo, je vivais dans le camp de Mugunga. Nous avons subi les rapatriements forcés.

Chemin faisant, dans les camps des Goma en RDC, on tuait des personnes comme des mouches. (cfr Le rapport Mapping). Aussi le génocide commis dans notre village en 1997-98, dans le diocèse de Nyundo, j’ai survécu ! Je suis un des témoins oculaires des méfaits que Mme Mukashema Claudine avait exposés, dans son témoignage sur la RTV UBUMWE, sur YouTube en date du 20.10.2021.

VI: Je vous ai vu participer à des manifestations, pourquoi manifestez-vous?

Artistes et journalistes emprisonnés au Rwanda pour leurs idées!

JDM : Pour moi les manifestations sont très importantes. C’est une des façons de montrer au monde entier que le gouvernement rwandais de FPR-Kagame, constitue un Etat terroriste, dictatoriale. Au Rwanda, il n’y a pas de droit de l’homme. FPR tue les gens. Les autres sont portés disparues. Tous  les jours, les hommes et les femmes, voir les enfants sont morts. Vous-même vous avez cité les artistes comme, Bahati Innocent portée disparue jusqu’aujourd’hui on ne connaît pas son sort. Vous avez mentionné Mihigo Kizito, chanteur compositeur, très connu et aimé. Ce dernier a écrit un livrer qui décrit très bien comment les assassinats se passent au Rwanda sous ce régime du FPR-KAGAME.

J’ai vous ai parlé de mes propres frères assassines. J’ai mentionné mon  village décimé. Je me rappelle de la disparition de Mr Byampiliye Onésphore (cfr: rapport d’Amnesty International du 2/07/1998 N° AFR 47/027/1998). J’ai appris de l’assassinat de sa femme en 1998. Ce couple des commerçants, très connue chez nous à Gisenyi, jusqu’aujourd’hui n’a pas reçu la justice. Je participe dans les manifestations parce que les fusillades pendant la journée et durant la nuit, sont nombreuses. Monsieur Kagame, lui- même le dit souvent dans ses discours. Il n’a pas le scrupule de vociférer sur les antennes de la radio et télévision nationale, qu’il va tuer les rwandais à la vue de tout le monde (ku manywa y’ihangu). D’ailleurs, il l’a déjà fait en 1997 au stade, il a tué Mr Karamira et Munyagishali.

Je manifeste pour désapprouver que les militaires du FPR violent les femmes dans plusieurs endroits comme à Kangondo et sont frauduleusement acquittes ! Les policiers assassinent les gens pendant la journée et personne ne leur demande des comptes. Les vendeuses ambulantes sont violement frappées, déshabillées sur la route…  Je participe dans les manifestations pour dire au monde que les prisons sont satures, les prisonniers n’ont pas des dossiers… Les rwandais sont maltraites, tués au Rwanda comme en dehors du Rwanda. (cfr Les documentaires des députés de Danemark). Je manifeste parce que les journalistes, comme vous sont en prison parce qu’ils ont recueilli les témoignages des populations qui souffrent à cause de la dictature… Les raisons pour manifester sont nombreuses.

VI : Quels sont les conseils que vous pouvez donner aux artistes rwandais à l’intérieur du pays et en dehors du pays, c’est-à-dire en exil ?

Vous savez que dans la situation du Rwanda il n’y a pas de recette. Chaque artiste doit choisir son camp. Selon ses convenances il doit être conséquent de son choix. Moi j’ai choisi de fuir, d’aller en exil. Les autres choisissent de faire taire leur talent. Il y a quelques-uns, courageux qui osent se confronter et affronter les dangers. Toutefois selon mon expérience, je dirais à tout artiste rwandais qu’il faut savoir que le choix va avec ses risques et périls. Moi personnellement, je ne peux pas retourner au Rwanda ! Temps qu’il n’y a pas de changement du pouvoir, je ne peux pas me présenter à la gueule du loup!

Entretien de Mbarushimana Jean Damascène recueilli par « Veritasinfo »