Rwanda : CCSCR déclare sa sympathie et sa solidarité au journaliste Nkusi Uwimana Agnès agressée par les agents du gouvernement.

DECLARATION DE SYMPAHIE ET DE SOLIDARITE Suite à l’agression de la Journaliste Agnès Nkusi Uwimana

Nous, associations et personnalités membres du Cadre de Concertation de la Société Civile Rwandaise (CCSCR), venons d’apprendre avec horreur et stupéfaction l’agression que vient de subir la journaliste Agnès Nkusi Uwimana alors qu’elle se rendait à une visite à un prisonnier, le vendredi 06 mai 2022. D’après les informations que nous avons, la journaliste Agnès Nkusi Uwimana, est toujours sous suivi médical et psychologique suite à cette agression.

Voici les faits:

Après avoir effectué toutes les formalités préalables à toute visite à un prisonnier les jours à l’avance, Madame Agnès Nkusi Uwimana s’est rendue le matin du vendredi 06 mai 2022 sur le site de la prison de Kigali à Mageragere. Elle avait demandé de rendre visite à Niyonsenga Dieudonné (alias Cyuma Hassan), un célèbre journaliste des réseaux sociaux (YouTube, entre autres), emprisonné suite à des motifs peu clairs.

Arrivée au lieu d’enregistrement des visiteurs, la journaliste Agnès Nkusi Uwimana a attendu son tour. Lorsque celui-ci vint, Madame Agnès Nkusi Uwimana fut introduite dans une chambrette où quatre femmes en gants blancs la rejoignirent. Une fois à l’intérieur, ces quatre femmes ont entamé une torture physique et morale à l’encontre de la visiteuse. Elle fut mise entièrement nue et fut passée à tabac surtout au niveau de la poitrine (seins) et son sexe fut saccagé sans ménagement.

Elle passa la journée entière de vendredi 06 mai 2022 à la prison jusque tard le soir, avec l’espoir qu’elle verra au moins le journaliste emprisonné Niyonsenga Dieudonné, et pour qu’au moins, le supplice enduré n’eut pas été vain. Madame Agnès Nkusi Uwimana rentra tard chez elle en sanglots, frustrée et le corps endolori de partout, sans avoir vu la personne qu’elle avait demandé à rendre visite. Plus d’une semaine après, elle vient d’oser parler publiquement des sévices qu’elle a subis. Heureusement, d’après les informations que nous avons, elle a eu le réflexe de consulter un médecin et un psychologue qui lui assurent un suivi jusqu’au jour où nous faisons cette déclaration.

Des questions à se poser:

La fouille au corps était-elle nécessaire surtout que, depuis le COVID-19, les visites des prisonniers se font à distance, avec grillage et quelques mètres de séparation empêchant toute possibilité de contact entre visiteurs et visités? Pourquoi seule la journaliste Agnès Nkusi Uwimana aurait eu droit à cet horrible traitement et non aucune autre visiteuse? Pourquoi n’a-t-elle même eu droit à la consolation de parler à la personne qu’elle était venue rendre visite? Qui a le droit de violer impunément l’intégrité physique intime de la femme sous quelque pretexte que ce soit?

Droits des femmes

Les “combats” actuels, que nous connaissons bien, pour les droits de la femme (avortement, égalité homme-femme, …) seraient sans fondement, si le principe de la non-violabilité physique du corps de la femme n’était pas respecté. Le cas de la journaliste Agnès Nkusi Uwimana est interpellant. Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on a le droit de s’introduire dans les parties génitales d’une autre femme et de les dégrader. Cela constitue «un problème majeur de santé publique et une violation des droits humains des femmes»[1].

La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, en son article 36&1a stipule “Les Parties (signataires) prennent les mesures législatives ou autres nécessaires pour ériger en infraction pénale, lorsqu’ils sont commis intentionnellement: a)   la pénétration vaginale, anale ou orale non consentie, à caractère sexuel, du corps d’autrui avec toute partie du corps ou avec un objet”.[2] On pourrait citer des conventions et lois, autant internationales que locales, qui qualifient les actes commis par les dirigeants de la prison de Kigali en l’encontre d’Agnès Nkusi Uwimana de crimes pénalement punissables.

Se battre … et encore se battre !

Pour des fins et obligation de respecter les lois et conventions protégeant la femme, le gouvernement rwandais, auquel nous portons connaissance des crimes commis par un de ses organes (à l’occurence le Rwanda Correctional Service-RCS) à l’égard de Madame Agnès Nkusi Uwimana, doit décréter des sanctions administratives et juridiques à l’endroit des personnes coupables de ces actes.

Les organisations internationales de défense des droits humains en général et ceux de défense des droits de la femme en particulier devraient s’impliquer dans un processus d’ouverture d’une enquête indépendante sur ce cas, en vue de pouvoir prévenir des abus semblables pour le futur. Les organisations de défense des journalistes, eux aussi, ne devraient pas prendre ce cas de torture d’une journaliste rendant visite à un autre journaliste en prison comme fortuit. Cet acte d’agression corrobore les résultats des rapports sur le Rwanda à propos du calvaire qu’endurent les journalistes qui osent montrer la réalité de la vie telle qu’elle est au Rwanda.

Les Organisations Internationales ainsi que les Etats qui financent le travail des institutions gouvernementales rwandaises devraient réfléchir 7×77 fois avant d’engager l’argent de leurs contribuables dans les financements qui finiront dans des salaires de fonctionnaires et dans d’autres outils en vue de torturer sauvagement les femmes rwandaises comme cela fut le cas pour la journaliste Agnès Nkusi Uwimana. En guise de conclusion, je vous invite à regarder, vous aussi, les pleurs coulant sur les joues de la journaliste Madame Nkusi Uwimana, lorsqu’elle raconte les actes ignobles qu’elle a subis.

Ensemble, nous changerons les choses, à condition que chacun d’entre nous soit sensible aux conditions des autres.

Fait à Bruxelles 17 mai 2022

Pour le Cadre de Concertation de la Société Rwandaise (CCSCR),

Aloys Simpunga

Président

[1] L’article 1 de la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmeshttps://www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/declaration-elimination-violence-against-women  (Assemblée générale des Nations Unies)

[1] https://rm.coe.int/1680462533