Un soldat russe, réfugié en France raconte le quotidien des troupes russes en Ukraine

Un soldat du ministère russe de l'Intérieur tire avec une arme lors de la compétition de tir russe "Forever Alive" à Saint-Pétersbourg, le 25 août 2022.

Manque de matériels, incompétence des officiers… Dans un mémoire publié sur les réseaux sociaux, «Pavel Filatiev» fait état des obstacles auxquels sont confrontés les soldats russes. Le parachutiste est désormais réfugié en France.

C’est un témoignage rare : celui d’un soldat de l’armée russe. Pavel Filatiev n’est pas déserteur. Il s’est engagé en Ukraine puis a été blessé au combat. Il était alors en droit de rompre son contrat mais les pressions subies pour qu’il continue à se battre l’ont poussé à quitter la Russie. Avant de partir, il a souhaité laisser une trace : un mémoire, titré «ZOV» , «appel» en russe, et référence aux lettres peintes sur les véhicules militaires russes – , de son expérience dans l’armée, publié sur les réseaux sociaux russes. 

Parachutiste au 56ème régiment de la Garde et basé en Crimée, Pavel Filatiev décrit une vie de casernement déjà difficile avant la guerre : pas de chambrées, pas d’entrainements, un ordinaire crasseux, même l’armement individuel – sa kalachnikov –  est rouillé. Quand l’unité part en Ukraine, le 24 février, les parachutistes du 56ème manquent de tout… y compris d’uniformes. Au point de devoir aller se servir chez l’adversaire. «Nous n’avions pas emporté d’uniformes de rechange, explique Pavel Filatiev. Nous avons dû nous équiper avec des treillis de l’armée ukrainienne!»

Son régiment participe à la prise de Kherson, pratiquement sans combattre. À Mikolaiv, Pavel se retrouve coincé sous les bombardements ukrainiens pendant un mois. Il décrit les manquements de sa hiérarchie, notamment des officiers manifestement incapables de monter une opération ou de coordonner des appuis. «Je ne crois pas que l’on puisse parler de la moindre efficacité et c’est évident pour tout le monde, poursuit le parachutiste russe. En général, nos tactiques sont celles de la Seconde Guerre mondiale, celles de l’Union soviétique. Nos règles de combat n’ont pas changé, elles sont totalement dépassées.»

Blessé au visage – il manque de perdre l’œil droit –, Pavel sort du champ de bataille début mai. Déjà, à cette époque, son régiment n’est plus que l’ombre de lui-même. Le 56ème parachutiste était pourtant fort de 500 hommes au début de l’invasion. «Au moment où j’ai quitté l’unité, on avait une trentaine de morts et une centaine de blessés. À l’heure actuelle, la situation doit s’être aggravée, s’imagine-t-il. Beaucoup démissionnent ou refusent de combattre. Pour les remplacer, nous avons fait appel à des volontaires, souvent des hommes de 50 ans, sans expérience militaire. Nous leur avons promis beaucoup d’argent. Ils y ont cru, ont été enrôlés dans les parachutistes et envoyés au front.»

Réfugié en France, Pavel tente de faire éditer son mémoire de guerre. Il promet de reverser les droits à des associations civiles ukrainiennes. Une manière, pour le soldat russe, de faire un geste de réconciliation en direction de l’Ukraine. De faire, dit-il, «quelque chose de bien

Article original est publié par «franceinfo»